Nos Olive Egger & Copper Egger : comprendre la génétique des œufs colorés

Bleu, vert, olive, terracotta, acajou, chocolat…

La diversité des couleurs d'œufs que peuvent produire nos poules est fascinante. Mais derrière cette palette se cachent des mécanismes génétiques très différents.

A la ferme gîte du Cœur de Chêne, nous vendons Canards, Canes, oies, Poules et Coqs vivants & œufs fécondés.‍

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Nous travaillons notamment deux croisements de première génération :

Olive Egger F1 : coq Marans Bleu à Camail Cuivré × poule Cream Legbar

Copper Egger F1 : coq Marans Bleu à Camail Cuivré × poule Welsumer

Dans les deux cas, le père est donc un Marans BCC. Pourtant, les mécanismes génétiques recherchés et les couleurs attendues chez leurs filles sont très différents.

Et c'est précisément ce qui rend ces deux croisements passionnants.

Tout commence par la coquille

Avant de parler de génétique, il faut comprendre une chose essentielle : c'est toujours la poule qui détermine la couleur de l'œuf que l'on tient dans la main. Le coq qui a fécondé cet œuf n'a aucune influence sur la couleur de sa coquille.

Ainsi, nos œufs fécondés Olive Egger sont bleus, puisqu'ils sont pondus par des Cream Legbar. Nos œufs fécondés Copper Egger sont terracotta, puisqu'ils sont pondus par des Welsumer.

C'est seulement la future poulette contenue dans cet œuf qui héritera du patrimoine génétique de ses deux parents et produira, plusieurs mois plus tard, sa propre couleur de coquille. Voilà pourquoi un œuf bleu peut donner naissance à une poule qui pondra vert olive.

Ce n'est pas de la magie. C'est de la génétique. Enfin… avec juste ce qu'il faut de magie quand même.

Une coquille, deux grandes façons de la colorer

Pour comprendre nos deux croisements, il faut distinguer deux mécanismes.

Le bleu : une coquille colorée dans son épaisseur

Chez les poules porteuses du caractère « œuf bleu », la pigmentation est notamment liée à la biliverdine, un pigment bleu-vert. Les recherches en génétique ont identifié le locus O, pour Oocyan, associé à la coquille bleue. Une insertion rétrovirale située à proximité du gène SLCO1B3 entraîne son expression dans la glande coquillière de l'oviducte.

Le résultat est très caractéristique : le pigment bleu est incorporé à la coquille au cours de sa formation. Cassez un œuf bleu et observez l'intérieur : il reste bleuté.

“Hupett”, une de nos jeunes poulettes Cream Legbar à 3 mois. Elle pondra bientôt des œufs bleus, et sa descendance pondra des oeufs verts si elle s’accouple avec un de nos coqs Marans.

Le brun : une mécanique beaucoup plus complexe

La couleur brune repose principalement sur un autre pigment : la protoporphyrine IX. Celui-ci est produit au niveau de la glande coquillière et déposé majoritairement dans les couches externes de la coquille. C'est lui qui participe aux magnifiques nuances allant du beige au roux, au terracotta et jusqu'aux œufs extra-roux très foncés recherchés chez la Marans.

Mais il existe une différence génétique fondamentale avec le bleu : il n'existe pas un simple « gène chocolat » ou « gène terracotta » qui déterminerait à lui seul l'intensité du brun. La coloration brune est un caractère complexe faisant intervenir plusieurs régions du génome et de nombreux mécanismes de production et de dépôt des pigments.

Et cette différence explique presque toute l'histoire de nos Olive et Copper Eggers.

L'Olive Egger : quand le bleu rencontre le brun

Notre Olive Egger F1 est issue du croisement :

Coq Marans BCC × Poule Cream Legbar

La Cream Legbar apporte le caractère coquille bleue. Le Marans apporte quant à lui une partie du patrimoine génétique associé à sa pigmentation brune particulièrement intense.

La Marans est en effet une race française dont le standard recherche spécifiquement la production de gros œufs extra-roux. Les meilleures lignées peuvent produire des œufs allant jusqu'à des nuances chocolat très soutenues.
Lorsque leur fille F1 commence à pondre, nous pouvons donc obtenir une combinaison particulièrement intéressante :

une coquille possédant une base bleue + un dépôt de pigments bruns.

Notre œil perçoit cette superposition comme du vert.

Selon l'intensité de la pigmentation, les nuances peuvent évoluer :

vert bleuté > vert > kaki > vert olive > olive sombre.

C'est de là que vient le nom Olive Egger.

Pourquoi toutes les Olive Eggers ne pondent-elles pas la même couleur ?

Parce que la génétique du brun vient compliquer cette belle équation. Le caractère bleu est relativement prévisible. La quantité de pigments bruns que la poulette sera capable de déposer l'est beaucoup moins.

Deux sœurs F1 issues des mêmes lignées peuvent donc produire des nuances différentes. La sélection des parents permet d'orienter fortement le résultat, mais pas de commander une couleur exacte comme on choisirait une référence sur un nuancier.

Nous pouvons sélectionner. Nous pouvons augmenter les probabilités. Mais nous ne pouvons pas promettre qu'une poulette pondra précisément « olive foncé numéro 7 ». Et c'est important de faire cette distinction.

La preuve que le vivant garde toujours une part d’imprévisible

Regardez ces œufs de nos canes Coureur indien : ils ont été pondus par des animaux de la même lignée et pourtant, l’un d’eux présente soudainement un vert beaucoup plus profond et intense que les autres.

C’est une belle illustration de la raison pour laquelle il est impossible de garantir à 100 % la nuance exacte des futurs œufs d’une poule… ou d’une cane. La génétique détermine une grande partie du potentiel de coloration, mais son expression varie aussi avec la physiologie de l’animal, son âge, son cycle et son rythme de ponte.

Après une pause, par exemple, un œuf peut recevoir une pigmentation particulièrement intense avant que les suivants ne retrouvent des teintes plus habituelles. Nous pouvons donc sélectionner une direction et augmenter fortement les probabilités d’obtenir certaines couleurs ; le vivant, lui, conserve toujours quelques nuances dans sa palette.

Le Copper Egger : deux grandes lignées d'œufs bruns réunies

Pour les Copper Egger, nous changeons complètement de mécanique. Le croisement est :

Coq Marans BCC × Poule Welsumer

Ici, aucun parent n'est utilisé pour apporter le caractère coquille bleue. Nous réunissons au contraire deux races réputées pour la pigmentation de leurs œufs bruns.

La Welsumer produit de très beaux œufs allant du brun au terracotta, souvent ponctués de taches ou mouchetures plus foncées. La Marans est sélectionnée pour son fameux œuf extra-roux, pouvant atteindre des nuances acajou à chocolat.

Notre objectif avec le Copper Egger est donc différent de celui de l'Olive : travailler la richesse de la pigmentation brune en réunissant le patrimoine génétique de ces deux populations.

Nous recherchons chez leurs filles des œufs aux tons : brun soutenu, roux, cuivré, terracotta ou acajou, avec éventuellement des mouchetures. Parceque mon fils et moi sommes constamment curieux de découvrir ce que nos nouvelles poulettes vont nous offrir et nous émerveillés des nouvelles tonalités qui sortent à chaque saison.

D'où le nom que nous avons choisi : Copper Egger, littéralement « pondeuse cuivrée ».

Une de nos très jeunes poulettes Welsumer à 2 mois. Elle pondra des oeufs Terracota et sa descendance pondra des oeufs aux couleurs variant du roux, à l’acajou, parfois mouchetés, si elle s’accouple avec un de nos coqs Marans.

Est-ce que Marans foncé + Welsumer foncé donne forcément encore plus foncé ?

Non. Mais c’est justement ça qui est chouette. On pourrait intuitivement imaginer la génétique comme deux pots de peinture : « Welsumer foncé + Marans très foncé = œuf encore plus foncé. »

Malheureusement (ou heureusement pour ceux qui aiment la sélection) le vivant ne fait pas ses mélanges avec une calculatrice.

La pigmentation brune est polygénique. Les descendants reçoivent une combinaison de nombreux facteurs génétiques provenant de leurs deux parents. Ces combinaisons peuvent produire des résultats différents d'un individu à l'autre.

Notre Copper Egger est donc davantage un programme de sélection qu'une couleur garantie. La F1 constitue le commencement de l'expérience, pas son aboutissement.

Et le bleu du plumage de nos Marans BCC ?

Voilà un petit piège de vocabulaire. Nos reproducteurs sont des Marans Bleu à Camail Cuivré (BCC). Chez cette variété, le noir du plumage est dilué en bleu par le gène Bl, mais ce bleu n’est pas une couleur uniforme : son intensité peut varier sensiblement d’un individu à l’autre, du bleu ardoise soutenu à des tonalités beaucoup plus claires.

Notre star, Orion, se situe justement à l’extrémité la plus lumineuse de cette palette. Il est né avec un bleu exceptionnellement pâle, presque bleu argenté, bien plus clair que la tonalité généralement recherchée dans le standard. Ses plumes conservent cependant leurs liserés et leurs zones plus sombres, tandis que son camail cuivré tranche sur ce fond froid et très clair. Selon la lumière, son plumage passe ainsi du gris perle au bleu brumeux, avec parfois des reflets presque métalliques.

Cette couleur spectaculaire n’en fait pas une variété différente : Orion reste génétiquement un Bleu à Camail Cuivré. Il exprime simplement le bleu avec une intensité particulièrement claire, une singularité que nous avons choisi de conserver dans notre travail de sélection.

Mais son plumage bleu n'a absolument rien à voir avec les œufs bleus de la Cream Legbar.

Le bleu du plumage de la BCC dépendant du facteur de dilution Bl, qui modifie la pigmentation noire des plumes. Le bleu de la coquille dépend, lui, du locus O associé à l'expression de SLCO1B3 dans l'oviducte.

Même mot, deux couleurs, deux mécanismes génétiques indépendants.

Une poule au plumage bleu peut donc pondre brun. Une poule noire peut pondre bleu. Et une poule issue des deux peut décider de nous compliquer encore un peu la fiche descriptive.

Magnifique plumage sur une de nos jeunes poulettes Cream legbar

F1 : qu'est-ce que cela signifie exactement ?

Nos Olive et Copper Eggers sont proposées en F1. F1 signifie simplement première génération filiale : ce sont les descendants directs du croisement initial entre les deux populations parentales.

Pour nos Olive Eggers :

Marans BCC ♂ × Cream Legbar ♀ > Olive Egger F1

Pour nos Copper Eggers :

Marans BCC ♂ × Welsumer ♀ > Copper Egger F1

Elles ne constituent donc pas des races pures. Et nous ne cherchons pas à les présenter comme telles.

Les termes Olive Egger et Copper Egger décrivent ici un croisement, un objectif de ponte et un travail de sélection. C'est également pour cette raison que nous indiquons toujours précisément les races parentales.

Et les coqs dans tout ça ?

Voilà les grands oubliés des histoires d'œufs colorés. Une poule nous montre directement une partie de son potentiel génétique chaque fois qu'elle pond.

Le coq, lui, peut transporter des caractères extrêmement intéressants sans jamais produire le moindre œuf permettant de les observer. Il faut donc le lire autrement.

Le coq Olive Egger F1

Le mâle Olive Egger peut avoir une réelle valeur pour un programme de reproduction. S'il possède une seule copie du caractère bleu, il peut statistiquement la transmettre à environ la moitié de sa descendance.

Accouplé ensuite à des poules pondant brun, il peut donc permettre d'obtenir une partie de filles porteuses du caractère bleu auxquelles s'ajouteront différents facteurs de pigmentation brune. Il devient ainsi un véritable outil pour créer ou poursuivre une lignée d'œufs colorés.

Le coq Copper Egger F1

Le Copper Egger mâle est également intéressant, mais sa lecture génétique est plus délicate. Il transporte une combinaison de facteurs hérités du Marans et de la Welsumer associés à la pigmentation brune. Mais contrairement au caractère bleu, il n'existe pas un marqueur unique permettant de résumer son potentiel par « il l'a » ou « il ne l'a pas ».

Sa valeur comme reproducteur repose donc énormément sur la connaissance de sa filiation et les résultats de sa descendance.

C'est là que le travail de l'éleveur commence réellement.

Un jeune coq Welsumer de 3 mois qui pourra participer à enrichir la pigmentation des œufs de sa future descendance, avec des résultats plus ou moins spectaculaires selon les caractéristiques génétiques des poules auxquelles il sera accouplé. N’hésitez pas à nous poser vos questions.

Comment sélectionner un coq pour la couleur des œufs alors qu'il ne pond pas ?

En regardant derrière lui. La couleur de l'œuf dont il est né est une première information, mais elle ne suffit pas : elle nous renseigne directement sur sa mère, pas sur tous les caractères qu'il transmettra.

Il faut donc conserver la traçabilité des lignées : couleur et qualité des œufs de la mère ; origine du père ; couleur des œufs produits par les femelles de sa famille ; morphologie et santé du sujet ; puis, idéalement, résultats obtenus chez ses filles.

La sélection d'une lignée de couleur devient ainsi un travail de pedigree et de descendance. Un coq ne peut pas nous montrer son œuf. Ses filles, en revanche, finiront par parler pour lui.

Et après la F1 ?

Alors là on commence à vraiment s’amuser ! Une Olive Egger F1 peut par exemple être recroisée avec un Marans issu d'une lignée produisant des œufs très foncés. L'objectif peut être d'augmenter la pigmentation brune tout en conservant le caractère bleu afin d'obtenir des olives plus profonds.

Mais attention : si le reproducteur Olive ne possède qu'une seule copie du caractère bleu, tous ses descendants ne l'hériteront pas. À partir de la F2 ou des rétrocroisements, les caractères commencent donc à se redistribuer.

Chez le Copper Egger, le travail est encore différent. Nous pouvons observer les premières F1, conserver les poulettes produisant les couleurs les plus intéressantes et sélectionner les futurs reproducteurs selon leurs familles. Puis recommencer.

Génération après génération, il devient alors possible d'essayer de stabiliser certains caractères. C'est la différence entre faire un croisement et construire une lignée.

Pourquoi ne garantissons-nous pas une couleur précise ?

Parce que nous préférons expliquer la génétique plutôt que vendre une certitude qui n'existe pas. La couleur de coquille possède une composante génétique importante, mais l'intensité du brun peut également varier avec l'âge de la poule, son cycle de ponte et différents facteurs physiologiques ou environnementaux. Comme son plumage d’ailleurs !

Une même poule peut d'ailleurs produire des œufs différents au cours de sa saison de ponte. Nous pouvons donc sélectionner des parents sur la qualité de leurs œufs et travailler des lignées dans une direction précise.

Mais particulièrement lorsqu'il s'agit de pigmentation brune, sélectionner n'est pas garantir. Cette part de variabilité n'est pas un défaut. C'est la matière même sur laquelle travaille l'éleveur.

Notre travail de sélection

À la Ferme du Cœur de Chêne, l'objectif n'est pas de produire une collection de couleurs au détriment du reste.

Nous recherchons évidemment des œufs remarquables : verts, olive, kaki, terracotta, roux, acajou… Mais une poule ne se résume pas à la coquille qu'elle dépose dans son nid. Nous voulons également conserver des animaux rustiques, équilibrés, capables de vivre réellement en plein air, bons explorateurs et adaptés à un élevage extensif.

La morphologie, la vitalité, le comportement et les qualités reproductrices comptent donc autant dans notre sélection que la couleur. Et c'est peut-être ce qui nous plaît le plus dans ces croisements.

L'Olive Egger nous permet d'observer la rencontre spectaculaire de deux systèmes de pigmentation. Le Copper Egger nous entraîne dans quelque chose de plus subtil : une sélection progressive au sein de la génétique complexe des œufs bruns.

Dans les deux cas, chaque nouvelle génération apporte des réponses… et généralement quelques nouvelles questions.

C'est exactement ce qui rend la sélection passionnante : nous choisissons la direction, mais le vivant garde toujours le dernier mot.

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